Jeunesse !

Ne pas se laisser leurrer entre l’image portée par les medias, le vent dominant et la réalité
 
Un professeur d'université déclarait dernièrement que la jeunesse Corse était peu intéressée par la loi travail et que la cause identitaire et émancipatrice les mobilisait prioritairement.
 
Chaque analyse mérite qu’on s'y attarde. Celle-ci autant que d'autres. Il s'agit pour des militants engagés dans le combat social d'abord de faire le point sur le sort réservé aujourd’hui à cette jeunesse, de prendre en compte les épiphénomènes et de les considérer sérieusement pour ce qu'ils représentent.
Les jeunes qui fréquentent l'université abandonnent pour près d’1/3 après la 1re année. 40 % de ceux qui finissent leurs études, fautes de débouchés partent sur le Continent. Ceux issus des familles les plus défavorisées sont, dans leur immense majorité, inscrits à Pôle Emploi (combien sur les 25 000) ou faute d'un premier emploi sont hors statistiques.
 
Sans prendre de raccourcis, ce professeur d’université regarde le mouvement social de façon sympathique, ne voyant quelquefois pas de rapport entre leur vécu et un mouvement qui leur semble un pré carré de défense de droits et garanties qu'ils n'ont pas. Il ne s'agit pas de chercher quelques excuses ou de culpabiliser qui que ce soit, mais d'analyser d'un coté le rapport de force dans son état actuel, et de mesurer le potentiel existant dans ceux qui n'ont rien et qui pourraient acquérir des droits en terme simplement de vie digne et décente.
 
Chaque lutte, chaque emploi gagné, chaque droit social arraché, aide celui qui en bénéficie à prendre un peu conscience de ce qui lui arrive. Les milliers de jeunes qui, à l'aube de la saison estivale, vont travailler minimum 6 jours sur 7 pendant 4 mois avec des horaires de 60 heures par semaine pour bénéficier du SMIC sont-ils mobilisables ? Non, car pour eux, il s'agit de survie.
 
Il faut se battre pied à pied pour dénoncer cette exploitation honteuse qui font que les jeunes corses ont la même situation que les travailleurs détachés à 5 € de l'heure, comme leurs camarades roumains portugais ou marocains. Ne faut-il pas dénoncer cet enrichissement honteux sur la misère du monde.
 
Pour les mobiliser, il faut avoir un but. Ce ne peut pas être : « venez avec nous » mais c'est partir avec eux de la réalité, de leur réalité, afin de créer un mouvement sans esprit de diriger mais au service de leurs besoins.
 
Le professeur d'université a au moins l'excuse de vivre dans son monde et sa réalité. La jeunesse vit un autre monde sans perspective, à la merci du clientélisme et du service rendu. Et si quelquefois cette jeunesse se laisse portée dans un mouvement de repli sur soi, c'est aussi un cri de souffrance et pour exulter le peu de marge de manœuvre que lui laisse cette société.
 
A une certaine époque on disait que la religion était l'opium du peuple, dans la Rome antique les jeux l'étaient aussi, en Amérique du sud, comme en Corse le football sert de défouloir pour rechercher une identité, un soi qui n'existe plus en dehors de l'arène.
 
Se construire un avenir basé sur une vie digne, repose sur des droits. Aucun avenir ne peut se construire en pensant se protéger de l’autre, en faisant de l’autre le bouc émissaire de ses propres problèmes.
 
Voilà le message à passer à cette jeunesse qui a le droit de chercher toutes les voies pour construire son avenir.
Mai 2016