Analyse de la CGT sur la Réforme Territoriale -intervention au CESC le 30 juillet 2014-

Concoctée par un groupe dit d'experts, elle s'est construite en dehors de toute démarche démocratique excluant de fait les citoyens, les organisations syndicales, les associations.

Pourtant rien ne pourra se faire sans une consultation des citoyens.

Construire une architecture institutionnelle dont personne ne comprend le but, c'est assurément aller vers l'échec. Au-delà des incantations, nous sommes en droit d'exiger un véritable débat public car la situation économique et sociale de la Corse mérite une approche différente en termes de réponses aux besoins.

Que nous révèle le document :

  • Absence totale de questions portant sur le rôle de la mission publique avec les objectifs adaptés aux besoins en matière sociale, industrielle, agricole et de service public.
  • Absence de réflexion sur les conséquences des éventuels redécoupages sur des structures exerçant des missions de service public.
  • Danger de pouvoir réglementaire exprimé par des personnalités politiques en matière d'adaptation des lois sociales aux réalités économiques de la région (quel contenu, quel périmètre).
Rentrer dans un système de concurrence entre régions et territoires pour favoriser les stratégies d'entreprise ou du capital : ceci n'enfoncera-t-il pas la Corse dans une crise encore plus profonde ?

Notre intervention vise à réintroduire la notion de solidarité entre territoires et la cohérence nationale car nous sommes opposés au chacun pour soi, signe de casse et de privatisations.

Car cette recomposition institutionnelle en Corse comme dans tout le pays s'inscrit dans une logique libérale de compétition mondiale préconisée par les grands groupes européens et les choix européens décidés par les états.

Elle vise à une réduction massive des finances publiques pour financer le pacte de responsabilité (11 milliards en moins pour les collectivités).

Les conséquences pour les salariés touchent tous les pans de leur vie : travail, emploi, éducation, formation, santé, transports, développement industriel, recherche et développement culturel, énergie, prestations sociales, service à la personne : la réponse à ces besoins contre ces orientations sera le socle de notre démarche.

Ce qui nous importe, c'est le contenu des réformes et de passer des slogans et des postures incantatoires à une démarche de réponse aux besoins.

Enfin, la démocratie sociale absente depuis toujours dans cette région : quelle que soit la réforme, l'exercice de la démocratie sociale doit devenir effectif et se traduire par des dispositifs clairs là où se décident des choix stratégiques par la création de droits et de moyens en particulier pour les organisations syndicales.

Nous avons des propositions, cela nécessite d'en débattre devant les citoyens, les soi-disant experts n'ont aucun mandat pour agir à notre place.

Face aux 20 500 chômeurs, aux salaires de misère, à la précarité, aux retraites à 850 euros par mois (23000 retraités), quelle ambition industrielle avez-vous ? Quelle vision avez-vous face à ces fractures sociales croissantes ? Face à la désaffection des citoyens aux élections, à la montée du racisme et au repli identitaire qui confirment un désarroi et une défiance vis-à-vis du politique et de ses représentants, quelles dispositions concrètes prendrez-vous pour rendre effective une véritable démocratie sociale?

Les collectivités vont subir des diminutions drastiques des dotations de l’état et seront appelées à réduire leurs dépenses. Avez-vous mesuré les conséquences sur l’investissement dans les services publics de proximité ?

Le projet présenté s’inspire et veut aller plus loin que la réforme libérale de baisse des dépenses publiques et de diminution d’emplois pour se distinguer des autres régions sans en mesurer les conséquences, il nie aux corses le droit de faire respecter leur vote de 2003.

C’est un projet flou sans contenu dont on comprend l'essence ultralibérale d'attaque directe contre l'emploi public. Aucune démonstration ne nous est faite de son efficacité. Fusionner les collectivités pour restreindre le périmètre du service public de l'emploi et donc des missions de service public avec pour corollaire les privatisations et la hausse inexorable de la fiscalité. Le citoyen, son emploi, son salaire deviennent des variables d'ajustement au service d'une économie dite d'excellence ou de forte valeur ajoutée et cela contre l'immense majorité de la population.